• Rebecca Domergue

Parler en public : quel stress nécessaire?

Exceptées les causes profondes qui pourraient vous empêcher de vous exposer, le coaching (en organisant vos pensées, émotions et comportements) est l’outil idéal pour accompagner vos prises de parole en public. Il s’appuie sur des techniques comme les TCC pour apprendre à gérer la peur et y prendre un certain plaisir. Or quand on fait quelque chose avec plaisir, on a tendance à le refaire plus volontiers.



Les objectifs de ce type de coaching sont d’identifier des blocages (stress, drivers) mais aussi des capacités qu’on va mettre en action, de booster la confiance en soi et de parfaire sa communication orale en tous contextes. Dans ma pratique, mon accompagnement consiste donc à :

  • trouver des points forts (ressources) et faibles (à travailler) chez les personnes

  • favoriser l’entraide dans le groupe

  • préparer le tout corps-esprit

  • structurer un discours

  • des mises en situation suivies de feed-back


Une inclusion positive

J’aime bien commencer mes ateliers par une inclusion de type Appreciative Inquiry pour mettre les personnes dans une logique psychoaffective positive qui envoie un signal de joie au cerveau. Travail, association, loisir, soirée, sport, famille, amis… on a tous déjà eu l’occasion de prendre la parole en public et d’en être satisfait. Ainsi après avoir posé le cadre, je demande aux personnes de raconter au groupe cette expérience réussie, qu’elle soit professionnelle ou personnelle. Pour qu'elles soient encore plus à l’aise, je peux au préalable m’enquérir de deux ou trois choses qu’elles aiment dans la vie.


Comme M. Jourdain faisant de la prose sans le savoir, nous parlons déjà devant les autres sans y penser. Je pose alors la question : que s’est-il passé et qu’avez-vous mis en œuvre dans ce contexte ? On en tire des ressources, des valeurs, des méthodes, des forces, des qualités, des énergies. Ensuite, je demande ce qui a procuré le plus de plaisir au vu des résultats obtenus. Souvent à ce stade, les personnes sont déjà capables de partager au groupe des actions pour faciliter cette prise de parole.

À quoi voit-on que vous êtes à l’aise ?


Il est temps de se poser les questions suivantes : qui voulez-vous être quand vous allez parler ? Comment voulez-vous être ? Quel est le but ? En quoi est-ce important d’être à l’aise pour passer un message ? Que pouvez-vous faire pour ça ? Est-ce aidant de convoquer vos expériences passées réussies ou de penser à ce que vous aimez sur cette planète ? D’après vous, à quoi voit-on que vous êtes à l’aise ? À votre pitch, votre expertise, vos mouvements, votre regard, votre sourire ?

Nous apprenons ici à regarder et à se synchroniser sur le ou les interlocuteurs (gestuelle, voix) pour être présent à soi tout en captant l’attention. Une clé est l’anticipation de certaines situations à risques : comment verrez-vous que votre message passe ? Que faire si le public n’accroche pas ? S’il regarde sa montre, s’il regarde dehors ? Si vous perdez le fil ? Les personnes imaginent alors des stratégies comme faire de l’humour, puis un résumé.



le système « mental-corps »


Préparer le corps consiste à suivre les conseils de santé publique (bien manger-bouger-dormir) et trouver ses routines comme avant une compétition de sport (se promener, écouter de la musique, faire du yoga, soigner sa tenue, s’approprier l’espace...) Un travail sur la posture physique peut s’avérer nécessaire selon les gens, comme dans un cours de théâtre ou de chant. Tenir la tête droite, desserrer les mâchoires, libérer le diaphragme (ouvrir la poitrine), garder les épaules basses, les mains tranquilles et une respiration abdominale. Toujours bien inspirer et expirer avant de parler ou répondre à des questions, ces quelques secondes aèrent les idées !

Au besoin, apprendre à poser la voix sur le souffle (on inspire par le ventre pour plus de détente et de pression sous les cordes vocales). Pour ce faire, souffler doucement sur une bougie imaginaire sans l’éteindre et échauffer le diaphragme via quelques exercices vocaux (faire vibrer les lèvres, claquer la langue, n’ayez pas peur des brrrrrrrrr, clic-clac, memememe qui servent à timbrer la voix, s’étirer, bailler…)

Nous pouvons améliorer l’éloquence via des exercices de lecture en voix portée. Articuler, ponctuer, faire des pauses, amener du rythme aux phrases, accentuer certains mots, donner de la force aux arguments. Chercher à établir une connexion émotionnelle avec l’auditoire. Toujours s’observer soi-même aussi (la méta-position consiste à se regarder en train de penser ou de faire) et rester à l’écoute des émotions : de quoi sont-elles le message ?



Que racontent mes émotions ?


En cas de trac, on peut en faire une auto-évaluation sur l'échelle du stress. Il est intéressant d’adopter un point de vue distancié et de décrire la scène, par exemple en parlant de soi à la 3e personne. Continuer en visualisant un bon moment, des bons messages, un auditoire conquis, « il/elle est affirmé.e, on l’admire »... Ça évite de s’angoisser et prépare psychologiquement à faire un discours. Repérer les manifestations physiologiques : la menace est-elle moins forte ?


« J’ai peur ! » Peur où et quand, de qui/ quoi, comment ? (de ne pas être parfait ou d’être jugé : qui juge ? qu’est-ce qui est acceptable ? etc.) Comment ça peut servir, d’être comme ça ? On parle à sa peur, on la contextualise. On lui dit « Ok, merci pour le petit coup de stress qui me permet d’être vigilant et me rend actif (l’adrénaline fait battre le cœur, nous laissant les mains moites et les membres tremblants), mais je n’ai pas besoin de plus. Je prends ça pour ma préparation et je laisse le reste. »

Lâcher prise (cependant être libre et maître de son esprit, c’est aussi accepter qu’on ne va pas lâcher). Qu’est-ce que je suis en train de tenir ? Quel sont les risques ? S’autoriser à se tromper : les échecs c’est apprendre, à condition de ne pas refaire les mêmes erreurs. Penser à comment on peut se faire plaisir et à quel besoin ça répond : le plaisir d’être vu, le besoin d’être écouté et reconnu, de défendre ses idées, d’échanger avec un professionnel… Vous êtes bons, montrez-le ! Quel plaisir peut venir récompenser vos efforts ?


J’ai pour habitude de solliciter d’autres stratégies à travailler à la maison. Voici pêle-mêle des idées qui ont été évoquées en atelier : répétition auprès de proches, devant un miroir, ou en s’enregistrant dans une vidéo ; écouter le débit des journalistes et de leurs invités à la radio, regarder des webinaires… Un client m’a dit qu’il s’inspirait de vidéos de conférences TEDx pour s’améliorer. Quoi qu’il en soit, vous gagnerez en confiance avec le temps et les expériences répétées.



Écrire un discours structuré


C'est à dire qui répond aux questions qui / à qui / pourquoi / quoi / comment. Quel est votre plan ? Selon qu’on écrive le pitch d’un film, un argumentaire commercial ou la présentation d’un projet à financer, voici quelques questions à se poser avant de se lancer :

  • Qui ? Qui parle, dit s’exprime, fait ? À quel titre ?

  • À qui ? Identification du titre de mon interlocuteur.

  • En vue de quoi ? L’objectif à court terme (obtenir un rendez-vous dans tel délai), inspiré des autres objectifs à moyen terme (se faire connaître) et long terme (faire du business).

  • Dit quoi ? Contenu des informations. Savoir commencer, accroche, mise en scène de soi-même en un minimum de temps « Je m’adresse à vous en tant que... »

  • Comment ? Style, clarté, vocabulaire (attention à ne pas se barrer soi-même comme je le vois souvent avec des « éventuels », des conditionnels...) Voir ce qui est pertinent, percutant par rapport à la situation. S’appuyer sur son particularisme. Pourquoi moi plutôt qu’un.e autre ?

L’écriture de votre prise de parole vous permettra de mettre vos idées en ordre. Y a-t-il des consignes ou des réponses à apporter ? Pour quelle raison faites-vous ça ? Pour quelle cible et quel est votre angle d’attaque ? À quels besoins ça répond ? Quelles sont les valeurs que vous voulez mettre en avant ? Mettons que vous voulez défendre la place des femmes dans l’entreprenariat, ou des rêves dans l’élaboration de projets start from scratch : est-ce cohérent ?

Là encore, la visualisation des messages à passer et l’anticipation des questions permet de ne pas être pris au dépourvu le jour J. Enfin, savoir conclure. À la question comment finir un discours, je constate souvent de la fluidité et la diversité dans les propositions : regarder les gens en silence, demander si questions, parler de projets futurs, raconter une anecdote ou faire une citation, insister sur les points forts, inviter à voir, démonstration d’un produit ou dégustation...


Mises en situation


Lors des mises en situation, les règles d’intelligence collective s’appliquent. On est là pour s’aider les uns les autres : participation, écoute, bienveillance ; l’auditoire est attentif et intéressé – traiter au besoin les objections ou le débat contradictoire.

Tandis qu’une personne s’apprête à prendre la parole devant le groupe (c’est le moment de se relaxer debout : respirer lentement, remuer un peu, sentir nos deux pieds bien en équilibre sous nos jambes… cet ancrage au sol empêche les pensées improductives), je demande aux personnes du public d’endosser le rôle des auditeurs actifs. Par exemple un banquier, un client potentiel, un journaliste, un élu... Tous doivent prendre des notes, prêter une attention aux sous-textes (c’est-à-dire au non-verbal), poser des questions à l’orateur et lui restituer son message.


Pour finir, un feed-back du groupe permet de corriger ce qui doit l'être. Être ouvert à l’esprit critique : chercher ce qu’il y a à apprendre dans chaque retour, comme un bon leader (le leadership ce n’est pas que le charisme, c’est donner des directives et prendre les situations en charge. La confrontation n’est pas un problème, au contraire : c’est le début de sa résolution). Quel retour critique faire à l’orateur, ainsi que l’orateur à lui-même ? Que pensez-vous, que ressentez-vous ? Lors de ce retour, chacun s’exprime sur son objectif, ses effets, ses ressentis… et l’atelier se termine avec cet état des lieux.

Merci pour votre lecture et bonnes futures présentations !

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